The New York Times

Pour lire l’article original en anglais, cliquez sur le lien ci-desous

https://www.nytimes.com/2018/02/11/opinion/america-digital-divide.html

Traduction

La vraie fracture numérique aux USA

Par  NAOMI SCHAEFER RILEY

Février. 11, 2018

La semaine dernière, un groupement d’anciens collaborateurs de Facebook et Google ont entamé une campagne pour transformer les sociétés de nouvelles technos qu’ils ont aidé à créer dans le passé. Cette initiative, nommée La Vérité sur les Technos, a pour but d’inciter ces compagnies à fabriquer des produits moins addictifs pour les enfants –  et c’est déjà un bon début.

Mais ce problème est plus complexe. Si vous croyez que les enfants des classes moyennes pâtissent eux aussi d’un temps écran trop important, regardez plutôt combien les dommages sont plus sérieux pour les minorités les enfants défavorisés, ceux qui passent encore plus de temps devant un écran.

Selon une étude de 2011 par des chercheurs de l’Université Northwestern, des enfants issus des minorités ethniques consomment 50% de TV en + que leurs pairs blancs et ils utilisent des ordinateurs jusqu’à une heure et demie plus longtemps chaque jour. Des enfants blancs passent 8h36min à regarder un écran chaque jour, selon une enquête par la Fondation Familiale Kaiser, tandis que des enfants noirs et hispaniques y passent 13 heures.

Tandis que des parents dans des voisinages plus dangereux pensent tout naturellement que la consommation d’écran à domicile est plus sûr que le jeu à l’extérieur, les effets délétères de la surexposition aux écrans sont parfaitement clairs. Le temps d’écran a un effet négatif sur la capacité de l’enfant à comprendre des signaux émotionnels non-verbaux; il est lié avec une plus haute probabilité de développer une maladie mentale, y compris la dépression; et il intensifie le risque d’obésité.

En 2004, Dimitri Christakis de l’Hopital pour enfants de Seattle a écrit dans Pediatrics que «  toute exposition en bas âge à la télévision était associée avec des problèmes subséquents attentionnels. » Même en corrigeant avec les paramètres de statut socio économique, d’âge de gestation et aires facteurs , il a découvert qu’une augmentation d‘une seule déviation standard dans le nombre d’heures de visionnage TV à l’âge d’un an «  est associé avec une augmentation de 328% dans la probabilité de problèmes attentionnels à l’âge de 7 ans. »

Chaque heure supplémentaire de TV pour un enfant augmente les risques de problèmes de l’attention de 10%. Les enfants regardant 3 heures par jour avaient 30% de chances de plus de troubles de l’attention que ceux qui ne regardaient pas du tout. Un article de 2010 de Pediatrics a confirmé le fait que toute exposition à la TV, aux jeux vidéo était associée à des problèmes d’attention plus importants chez les enfants. D’un autre côté, Paul Morgan & George Farkas de l’ University of California ont trouvé que les enfants noirs sont plus enclins à montrer des symptômes de déficit de l’attention et de troubles de l’hyperactivité que leurs homologues blancs.

Malheureusement,  on envoie trop souvent un message pour les parents de revenus modestes et moins éduqués, celui que le temps écran va aider leurs enfants. Il y a 15 ans , alors j’étais « Grande Sœur » pour une petite fille qui allait à l’un des pire collèges de Brooklyn, sa mère a reçu des instructions strictes de la part des enseignants pour acheter un ordi plus performant le plus vite possible, pour améliorer les notes de sa fille. Aujourd’hui, grâce à des contrats lucratifs avec l’administration scolaire, les Compagnies Technos sont très contentes  de faire rentrer les écrans dans les salles de classes, et de les ramener dans les foyers.

Pourtant il n’y a que peu de preuves que de tels programmes aident  les étudiants ? Dans le Maine, par exemple,  l’état qui garantit une tablette par étudiant. Selon  NPR (service public radio-TV) «  après une dépense d’environ 12millions de dollars, l’état ne trouve  toujours pas de hausse tangible des scores standard d ‘examens. »

Quand les politiciens et les décideurs parlent de technologie et d’enfants, c’est d’habitude pour évoquer la « réduction de la fracture numérique », pour s’assurer que les enfants de pauvres y ont autant accès que ceux des riches. Pourtant il n’y a pas de preuves de ce manque. Selon un rapport de Pew de 2015, 87% des américains entre 13 et 17 ans ont accès à un ordinateur. Pour les familles avec un revenu annuel de moins de 50.000$, ce chiffre est de 80%. Quant à la fracture raciale, Pew indique que les ados Afro-Américains ont plus de chances de posséder un smartphone que n’importe quel autre groupe d’ados aux USA.

Ces données n’ont pas eu la possibilité de freiner l’approche « tout nouveau tout beau » dans l’éducation. En 2014, New-York a reçu une bourse de 500.000$ pour prêter des points d’accès internet à des familles à bas revenu. Selon le Conseil des Bibliothèques Urbaines, ces programmes d’aide sont le « buzz dernier cri ». Des programmes similaires ont été démarrés à Chicago, Seattle ans St Paul, les fonds étant fournis par Google et autres sociétés.

Mais il n’y a personne pour expliquer à ces parents de classes pauvres les dangers du temps écran. Par exemple, l’étude Pew en 2012 a montré que seuls 39% de parents avec un revenu inférieur à 30.000$ se déclarent « très préoccupés » sur le sujet, en comparaison avec six parents sur 10 dans les foyers à revenu plus élevé.

Voyons les choses en face : la vraie fracture numérique dans ce pays n’est pas entre les enfants qui ont accès à internet et ceux qui ne l’ont pas . La vraie fracture est entre les enfants dont les parents sont conscients du fait qu’ils doivent limiter le temps écran et les parents à qui les établissements scolaires et les politiciens ont promis que plus d’écrans était la clé du succès. Il est grand temps de divulguer ce secret à tous.