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Mois

mars 2017

Les 1-6 ans passent en moyenne 4H37 sur internet par semaine (contre 2H10 en 2012)

Pour accéder à l’étude complète:

http://www.ipsos.fr/communiquer/2017-03-14-junior-connect-2017-jeunes-ont-toujours-vie-derriere-ecrans

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Exclu : ados et porno, une étude de l’OPEN et l’Ifop

20 mars 2017 –

Alors que le débat sur l’accès des sites pornographiques aux mineurs a été récemment relancé par la ministre des Familles, Laurence Rossignol, l’Observatoire de la Parentalité & de l’Éducation Numérique (OPEN) a souhaité faire le point sur l’évolution de la consommation de pornographie chez les adolescents et son influence sur leurs comportements sexuels.

Réalisée par l’Ifop auprès d’un échantillon représentatif de 1 005 adolescents âgés de 15 à 17 ans, cette enquête permet d’y voir plus clair sur l’évolution et l’ampleur d’un phénomène qui suscite autant de craintes que d’idées reçues.

Parmi les nombreux enseignements de cette enquête, on relève notamment les tendances suivantes :


LES CHIFFRES CLÉS

Une forte hausse de la fréquentation des sites pornographiques

La moitié des adolescents âgés de 15 à 17 ans ont déjà surfé sur un site pornographique (51%), soit une proportion en nette hausse (+ 14 points) en 4 ans (37% en septembre 2013). Et si les écarts entre sexe s’estompent, la fréquentation des sites X reste une pratique très genrée au regard du différentiel d’expérience entre garçons (63%) et filles (37%).

Une consommation qui repose essentiellement sur l’offre gratuite de film X sur Internet

L’essentiel de la consommation pornographique des ados sur internet s’effectue via des sites gratuits (96%, contre 78% chez l’ensemble des Français), à peine 4% des adolescents ayant déjà surfé sur un site payant au cours de leur vie (contre 22% chez l’ensemble des Français), que ce soit sous forme d’abonnement (4%) ou de payement à l’unité (3%).

Un accès à la pornographie de plus en plus précoce

A 15 ans, la moitié des adolescents interrogés ont déjà vu un film X, que ce soit sur un support télévisuel (46% avant 15 ans) ou sur le web (47% avant 15 ans). Ce rajeunissement de l’accès à la pornographie se retrouve aussi dans la baisse de l’âge moyen de la 1ère visite sur un site porno : 14 ans et 5 mois en 2017, contre 14 ans et 8 mois en 2013.

Une première expérience de la pornographie jugée prématurée pour une majorité d’adolescents

En majorité, les ados considèrent eux-mêmes que cette première expérience était prématurée. En effet, plus d’un ado sur deux (55%) considèrent qu’ils étaient « trop jeune » la 1ère fois qu’ils en ont vu, 45% qu’ils avaient « l’âge pour en voir » et 0% qu’ils étaient « trop âgés ».

L’initiation à la pornographie : une expérience plus collective pour les filles que pour les garçons

Alors que le premier visionnage d’un film X constitue pour la plupart des garçons (64%) une expérience solitaire, la majorité des filles (53%) déclare avoir vu leur premier porno avec quelqu’un d’autre, essentiellement avec leurs ami(e)s (36%) et leurs petits amis (13%).

Le rôle important de la pornographie dans l’apprentissage de la sexualité des jeunes

Près d’un ado sur deux (45%) estime que les vidéos pornographiques qu’il a vues au cours de sa vie ont participé à l’apprentissage de sa sexualité, soit une proportion largement supérieure à celle observée dans la population adulte ayant déjà vu un film X (35% en 2009).

 

 

APPEL A TÉMOIGNAGE du collectif Joue, Pense, Parle

APPEL A TÉMOIGNAGE
Vous êtes : professionnel de la santé, de la petite enfance ou enseignant

Vous constatez, sur le terrain, depuis quelques années, la recrudescence très inquiétante d’enfants jeunes, qui présentent d’importants retards globaux (en dehors de tout handicap, maladie ou syndrome connu) :
retard ou absence de langage, difficultés relationnelles, troubles de la communication, de l’attention, hyperactivité ou grande passivité, difficultés scolaires dès la maternelle, troubles de l’humeur, impossibilité à gérer la frustration, anxiété, retard psychomoteur, troubles de l’oralité.
Vous constatez en parallèle une exposition massive et précoce aux écrans (plus de 2h d’exposition par jour, active ou passive, tous écrans confondus, parfois depuis la naissance)

Vous avez observé une évolution très favorable de l’enfant après que son temps d’exposition aux écrans ait été baissé de façon significative.
Contactez nous sur jouepenseparle@gmail.com
Apportez votre témoignage de terrain.
Plus que jamais, nous ressentons l’urgence de nous rassembler, toutes professions confondues, de toute la France, toutes zones géographiques et tous milieux sociaux culturels.
Nous préparons une lettre ouverte sur le lien effet des écrans/développement du jeune enfant, qui sera proposée à différents médias, afin de faire connaître nos observations quotidiennes au grand public.
Plus nous serons de signataires, plus l’impact en sera fort.
C’est notre devoir de parent, de soignant, de professionnel de l’enfance ou d’enseignant.

Carole Vanhoutte et Elsa Job, fondatrices du collectif Joue, Pense,Parle

Ecrans et autisme: des chercheurs réagissent

Gynger Webmagazine, 9 mars 2017

Après la publication de notre article relayant l’alerte lancée par le Docteur Anne-Lise Ducanda au sujet des écrans et de l’autisme, deux sujets inflammables, voici la réaction de deux chercheurs en sciences cognitives, Franck Ramus (directeur de recherches au CNRS et professeur attaché à l’Ecole Normale Supérieure) et Hugo Peyre  (Pédopsychiatre à l’Hôpital Robert Debré et chercheur à l’Ecole Normale Supérieure). Ces deux spécialistes des troubles neuro-développementaux contestent ce qu’ils considèrent comme une diabolisation trop générale et pas assez étayée des écrans.

 

Rappel des faits : dans une vidéo postée sur Youtube le 1er mars, Anne-Lise Ducanda, médecin de PMI en Ile de France explique qu’elle est de plus en plus sollicitée par les écoles maternelles pour des enfants qui souffrent non seulement d’un retard de développement mais aussi de troubles de la communication et de stéréotypies. Des symptômes similaires à ceux des troubles du spectre autistique. En cinq ans, assure-t-elle, l’augmentation est considérable, dossiers adressés à la Maison Départementale des Personnes Handicapées à l’appui. Elle affirme d’autre part qu’après entretien avec les parents, il s’avère que ces enfants ont tous été exposés de façon très massive aux écrans depuis la naissance. Elle en conclut donc qu’il existerait un lien entre cette exposition massive et précoce aux écrans et la survenue de troubles autistiques.

Cette analyse a suscité de nombreuses réactions, commentaires sur Youtube, sous notre article ou sur certaines pages Facebook. D’autres médecins de PMI et des orthophonistes disent constater les mêmes phénomènes (de plus en plus d’enfants très exposés aux écrans avec des retards de développement associés à des troubles de la communication). Des internautes concernés par l’autisme réfutent ce lien de cause à effet et se désolent notamment que les parents soient de nouveau rendus responsables du handicap de leur enfant. Autre critique formulée, plutôt par les représentants de la recherche : il peut notamment exister un biais social, les familles concernées n’étant pas forcément représentatives de la population générale.

Peut-on tirer des conclusions générales d’une observation locale?

Pour Franck Ramus, très dubitatif, « il est difficile de faire confiance à l’impression subjective d’un médecin. » « Les cliniciens peuvent remarquer des tendances chez leurs patients, mais sans faire de véritables statistiques, il ne sont pas à l’abri de se leurrer, en prêtant une attention sélective aux cas qui confirment leurs hypothèses et en négligeant les autres. Par exemple, on ne sait pas ici si les enfants sans problème n’ont pas eux aussi été exposés massivement. Les médias sont inondés d’alertes émises par des médecins de bonne foi. Souvent, après vérification, on constate qu’il n’y a en fait pas d’augmentation. Cela ne veut pas dire que ce médecin en particulier a tort mais pour le moment il s’agit d’une affirmation subjective.» Anne-Lise Ducanda le reconnaît : elle n’est pas chercheur, elle parle de données empiriques, de ce qu’elle constate sur le terrain.

Hugo Peyre note qu’ «  il peut aussi y avoir une augmentation du phénomène dans sa patientèle sans que ce soit représentatif d’une augmentation en population générale.» Le point d’entrée de ce médecin, ce sont les enfants qui ont un problème, posent les deux chercheurs. Il faudrait s’interroger sur la possible évolution de la taille de la circonscription couverte sur les dernières années, celle du nombre d’enfants, du nombre de médecins amenés à intervenir (une réduction amènerait mécaniquement plus d’enfants dans l’escarcelle du Dr Ducanda). Elle nous l’a assuré : en cinq ans, le nombre d’écoles et d’élèves scolarisés est resté à peu près le même. Reste que la population suivie s’est peut-être davantage précarisée, ce qui pourrait expliquer l’augmentation des troubles. A vérifier.

Les familles concernées sont-elles vraiment représentatives ?

Car cette interrogation est au cœur du sujet. D’un côté Anne-Lise Ducanda affirme constater les mêmes phénomènes chez toutes les classes sociales. Mais elle exerce dans une ville plutôt pauvre, avec une forte concentration de population immigrée. Il peut donc malgré tout y avoir un biais social dans ses constatations. Pour Franck Ramus et Hugo Peyre, la littérature montre, d’une part, une plus forte prévalence de tous les troubles dans les milieux défavorisés, en raison de l’accumulation de facteurs de risque et il n’y a pas de raison que ce ne soit pas le cas pour l’autisme. Les études montrent, d’autre part, sans aucun doute, une corrélation entre le milieu socio-économique et la consommation d’écrans. « La quantité d’exposition est très liée à d’autres pratiques parentales, elles mêmes liées au niveau d’éducation des parents, pose Franck Ramus. Mais le problème de toutes les études sur les pratiques parentales néfastes est qu’elles ont du mal à contrôler tous les facteurs qui entrent en ligne de compte. A ce jour on n’a pas résolu la question des écrans : il n’est pas prouvé que c’est leur utilisation en elle-même qui est délétère pour les enfants

Il poursuit : « Il est évident que l’utilisation massive des écrans prend la place d’autres interactions essentielles. C’était déjà le cas avec la télévision. C’est aujourd’hui le cas avec la tablette. Mais avant ces écrans, les enfants de ces familles étaient tout simplement livrés à eux-mêmes, laissés dans un coin. Etait-ce mieux pour autant ? Il manque une base de comparaison
Quant à proposer la piste environnementale (en dehors des facteurs biologiques) pour expliquer une partie des cas d’autismes, «tout est potentiellement à creuser » pour les chercheurs. « Mais on n’a pas pu mettre en évidence le rôle causal d’un facteur social dans la survenue de l’autisme, assure Franck Ramus. Ca ne veut pas dire qu’il n’y en a pas mais aujourd’hui il n’existe aucune preuve. » Il pousse plus loin le raisonnement en évoquant une possible causalité inversée : dans quelle mesure l’autisme de ces enfants n’a-t-il pas amené les parents désemparés à se dire que les tablettes faisaient l’affaire ?

Un consensus: 6 à 12 heures d’écran par jour pour un enfant de moins de 3 ans, c’est stupéfiant

Irrités par « le caractère simpliste et péremptoire de certaines affirmations » du Dr Ducanda, mais néanmoins d’accord sur la plupart des recommandations au quotidien formulées dans sa vidéo, ces deux spécialistes plaident pour la prudence et des discours mesurés. « Nous sommes opposés à la diabolisation générale des écrans. Même le fait de dire « ce qui est grave c’est de les utiliser avec des bébés » n’est pas étayé puisqu’on n’a pas montré d’effets délétères. On peut dire en revanche que les écrans ne sont pas des nounous et ne peuvent pas remplacer l’être humain.» Et ils l’admettent : « une exposition de six à douze heures par jour, c’est colossal et ça pose question ». Il nous semble que c’est d’ailleurs l’une des informations fortes de cette vidéo : des parents assez démunis (désinvestis?) pour laisser tous les jours des heures durant un bébé devant une télévision ou avec un smartphone dans les mains ont assurément, et urgemment, besoin d’aide.

Franck Ramus et Hugo Peyre notent au passage que les écrans peuvent même aider les enfants autistes. « Tous les systèmes de communication augmentée utilisent des logiciels informatiques. Ils enrichissent par exemple les pictogrammes de type PECS. Mais tout dépend toujours de la façon dont on utilise ces technologies.»
Anne-Lise Ducanda, elle, ne demande pas mieux que de voir des équipes de recherche venir investiguer sur son secteur. Pas si simple. « Pour en avoir le cœur net, explique Franck Ramus, il faudrait faire une étude prospective qui observerait tous les enfants, leur taux d’exposition aux écrans, qui ensuite analyserait le développement de ces enfants, et identifierait ou pas d’éventuelles corrélations prédictives dans le temps. Il faudrait aussi décorréler ces résultats avec les autres facteurs sociaux et les autres pratiques parentales. C’est un énorme travail de recherche. » Certainement. Mais peut-être est-il urgent de lever ce doute-là.

Écrans et autisme: un médecin de PMI lance l’alerte

5 mars 2017

Par Gaëlle Guernalec-Levy

Effarée de ce qu’elle constate sur le terrain, un médecin de PMI en Ile de France a décidé de poster sur Youtube une vidéo dans laquelle elle alerte sur la sur exposition massive des très jeunes enfants aux écrans. Elle en est convaincue, cette consommation excessive induit chez les 3-4 ans des troubles très semblables aux troubles du spectre autistique. Nous l’avons interviewée. 

Le monologue face caméra dure 21 minutes et il est stupéfiant. Anne-Lise Ducanda, médecin de PMI en Ile de France a mis en ligne la semaine dernière sur Youtube, avec une de ses collègues, le docteur Isabelle Terrasse, une vidéo édifiante (ci-dessous en fin d’article) dans laquelle elle établit un lien direct entre la surconsommation d’écrans et l’augmentation des troubles du spectre autistique (TSA) chez les enfants de 3-4 ans.

Augmentation exponentielle des cas d’enfants présentant des troubles du spectre autistique

Le Dr Ducanda explique au début de son exposé que « ces 5 dernières années, les enseignants nous demandent de plus en plus de voir des enfants qui présentent des retards de développement, des troubles du comportement et des troubles du spectre autistiqueElle décrit des « enfants dans leur bulle, qui ne répondent pas à leur prénom, indifférents au monde qui les entoure ». Ils ne jouent pas avec les autres, parlent en écholalie, ne comprennent pas des consignes toutes simples, sont inhibés ou au contraire très agités, intolérants à la frustration, parfois agressifs, ils battent des ailes avec leurs mains, regardent fixement une vitre ou la lumière. « Il s’agit de stéréotypies », précise-t-elle avant de poursuivre : la triade « trouble de la communication, trouble des relations sociales et stéréotypie » signifie TSA ou TED (Troubles envahissants du développement). Sur 500 enfants d’une même classe d’âge dans sa ville, 25 enfants présentent ce tableau soit un sur 20.
« Oui, je parle de troubles autistiques parce que c’est ce que je constate, c’est ce que le terrain me renvoie, justifie le médecin au téléphone. Je ne suis pas chercheur, c’est de l’empirique. »
Dès qu‘un enfant est signalé par l’école, Anne-Lise Ducanda le reçoit, fait un retour au directeur d’école et décide avec lui s’il y a lieu de réunir une équipe éducative, composée en général de la famille, l’enseignant, le directeur, le psychologue scolaire, le médecin de PMI, les partenaires qui connaissent l’enfant. « Il y a quinze ans nous organisions une quinzaine de ces réunions par an. Nous sommes au mois de mars et nous en avons déjà organisé 41, 25 autres sont déjà planifiées jusqu’en juin et nous en aurons 80 environ pour cette année scolaire, soit 5 fois plus. » Elle précise aussi que l’enseignante référente auprès de la Maison Départementale des Personnes Handicapées (MDPH) est censée être présente chaque fois qu’un dossier MDPH est demandé ou constitué. Mais, tellement débordée, elle ne peut plus se déplacer à chaque fois.
«C’est une évidence : on me signale de plus en plus d’enfants en grande difficulté. Ca monte de partout. Tous les professionnels de la petite enfance le constatent : les enseignants, les orthophonistes, les personnels des haltes garderies, disent la même chose. Dans les écoles je n’ai absolument plus le temps de faire des visites médicales de routine pour les enfants qui vont bien, je ne vois que des enfants qui vont mal.» Le médecin ne parle pas que de retards de développement mais bien de symptômes clairement décrits dans la nosographie relative à l’autisme.
« Et je n’ai rien changé depuis 15 ans dans mes critères de diagnostic, assure-t-elle. Nous avons grosso modo le même nombre d’enfants et le même nombre d’écoles. » Cette précision est importante dans la mesure où l’explosion de cas d’autisme dans les pays occidentaux ces dix dernières années est en général expliquée par les dépistages plus précoces et une modification de la classification des symptômes : des troubles qui auparavant n’étaient pas considérés comme relevant de l’autisme sont désormais inclus dans les TSA (à ce sujet voir l’article de Franck Ramus, chercheur au CNRS et à l’ENS et cet article de Jessica Wright qui vient de paraître sur Spectrum, site américain d’information sur l’autisme). Pour le médecin, le dépistage plus précoce et les changements de classification ne peuvent pour autant pas expliquer l’explosion des cas sur son secteur.

Des enfants exposés 6 à 12 heures par jour aux écrans

A côté des causes génétiques et neuro-développementales (et du potentiel effet des polluants chimiques de plus en plus étudié), Anne-lise DUCANDA demande qu’on se concentre sur une nouvelle piste pour comprendre l’origine de l’autisme et son augmentation exponentielle, piste qui ne s’oppose d’ailleurs pas aux approches précédentes, et que son travail de terrain met en lumière tous les jours : l’exposition massive aux écrans des enfants de 0 à 4 ans. Elle estime qu’une sur exposition aux écrans empêche une stimulation adaptée et nécessaire  au développement du cerveau (manipulation de jouets, interactions humaines, etc…) et inhibe les connexions cérébrales. Elle est convaincue d’être confrontée à un autisme d’origine environnementale, induit par un environnement pauvre et inadapté. Et elle a des arguments.
Lorsqu’un enfant est signalé comme étant en difficulté, le Docteur Ducanda le reçoit longuement (avant l’équipe éducative donc) avec ses parents. En plus des éléments habituellement pris en compte ( antécédents ORL, prématurité, problème familial, etc…), Elle interroge ces derniers sur son exposition aux écrans depuis sa naissance. Pour elle le constat est sans appel : « Les enfants de 3-4 ans en grande difficulté signalés par les écoles sont quasiment tous exposés massivement aux écrans, de 6 à 12 heures par jour. Ils n’ont pas ou peu de jeux d’imitation. » Oui. Six à douze heures par jour. Il s’agit très souvent de foyers où la télévision est allumée en permanence et où l’enfant a accès depuis ses premiers mois au smartphone ou à la tablette. Où il est très peu stimulé dans le cadre d’interactions parents-enfant, où les mots qui lui sont adressés directement sont rares. «Je vois des enfants de deux ans capables de télécharger leur dessin animé préféré mais qui ne répondent pas à leur prénom. Ils présentent une certaine forme d’intelligence, (ou de « compétences visuelles »), mais elle est inadaptée. Ca trompe le parent, ce n’est qu’un automatisme cérébral. »

Un autre élément semble confirmer son intuition concernant les liens entre la surconsommation d’écrans et l’apparition de troubles du spectre autistique. Lorsque l’exposition aux écrans est réduite de façon drastique, les symptômes de l’enfant disparaissent. Anne-Lise Ducanda a donc modifié son appréhension du problème. Avant elle orientait les enfants en première intention vers un service hospitalier et/ou un CMPP /CMP. Dans la grande majorité des cas, un TSA était bien diagnostiqué et il était très rare de voir émerger une maladie génétique. Aujourd’hui elle essaie d’abord de convaincre les parents de modifier leurs usages des écrans, et surtout celui de leur enfant. « Désormais j’explore avant tout la piste des écrans, dit-elle dans sa vidéo. C’est ma première prescription, ma première recommandation.» Elle précise au téléphone : « je sais que je demande un sacrifice, un effort très important aux parents et je le leur dis. Je les assure aussi que ce n’est pas de leur faute. C’est très important de les déculpabiliser pour un phénomène qui les dépasse. »
A force de raconter autour d’elle ce qu’elle voyait, de constater l’incrédulité ou l’effarement suscités par ses propos, le Docteur Ducanda a donc décidé de réaliser cette vidéo pour alerter l’opinion publique, les professionnels et les parents, de l’ampleur du problème.

Des facteurs de risque économiques et sociaux mais un phénomène qui touche toutes les catégories sociales

Forcément, quand il est évoqué une télévision allumée en permanence, nous posons la question du niveau social des familles concernées. « Peut être y a t il plus de postes de télé, et plus d’heures de télé allumée et un peu moins d’autres activités et de sorties proposées chez les catégories socio-professionnelles basses, mais c‘est un phénomène qui touche tous les milieux sociaux. Même si, bien évidemment, il y a des terrains favorables à la surconsommation. : familles en détresse sociale et économique dont la seule ouverture vers l’extérieur est la télévision et qui vivent au gré des émissions du petit écran, télé qui permet de lutter contre l’isolement, et dans certains quartiers sensibles, de garder les enfants chez soi car l’extérieur est perçu comme « dangereux ». »

Elle poursuit: « Dans mon secteur je reçois beaucoup de familles d’origine étrangère avec un parcours de migration difficile et l’éducatif n’est pas la priorité quand il faut se battre pour obtenir un logement, une AME, un travail, et pour certains des papiers et de quoi se nourrir tous les jours…. L’isolement des mères favorise l’exposition aux écrans des enfants. Nombre d’enfants concernés sont d’origine africaine. Ces enfants vont d’ailleurs beaucoup mieux quand ils reviennent d’un séjour dans le pays d’origine où les interactions sont nombreuses et les écrans limités. Il est possible que ma ville soit plus touchée que d’autres. Mais j’ai des retours de professionnels de villes très aisées qui assurent constater la même chose que moi. Je vois aussi des familles de profession intermédiaires ou de cadres avec un écran allumé toute la journée. Comme il existe de plus en plus de types d’écrans, ça touche tout le monde. La tablette et le smartphone ont une connotation « nouvelles technologies » très valorisante. L’enfant sur la tablette ou le téléphone parait « doué, en avance » et vivre avec son temps… » Dans la mesure où la prévalence de l’autisme est plus élevée chez les garçons et où l’on connaît de mieux en mieux la plus grand sensibilité des garçons aux facteurs environnementaux, nous posons aussi la question du genre : les petits garçons sont-ils plus touchés par le phénomène constaté par le médecin ? Elle répond sans hésiter : oui, assurément.

La parentalité mise à l’épreuve

Le problème des écrans c’est qu’ils sont addictifs, expose-t-elle. Les enfants habitués à leur usage et qui en sont soudainement privés, hurlent, piquent des crises. « Il faut que le parent ait beaucoup d’énergie pour résister. Le curseur est déplacé. Les parents qui ont déjà tendance à ne pas poser de limites vont lâcher prise, ceux qui ont une forte volonté éducative vont peut-être tenir mais ceux qui sont entre les deux vont avoir du mal à limiter les écrans, et donc plus l’offre d’écrans augmente, plus il y a d’enfants devant. C’est plus difficile d’élever des enfants aujourd’hui dans ce contexte. La volonté parentale est bien davantage mise à l’épreuve. Un exemple parmi d’autres : je reçois le papa d’un petit garçon en grande difficulté. Je lui demande :combien de temps fait il de la tablette à chaque fois ? Lui :  30 minutes puis il arrête. Moi : mais comment vous faite pour qu’il arrête ? Lui : Je lui donne mon téléphone. Moi : Combien de temps en fait il ? Lui : 30 minutes puis il arrête. Moi : mais comment vous faites pour qu’il arrête ? Lui : je le mets devant la télé. Etc…La seule solution pour le papa de décrocher son fils d’un écran était de lui en donner un autre
Elle l’assure, toutes ces familles ne peuvent pas s’en sortir seules. « Il faut des aides éducatives, lutter contre l’isolement des mères et commencer la sensibilisation dès la maternité ».

Au moment où le débat est toujours très intense quant aux effets réels et non fantasmés des nouvelles technologies sur le développement des enfants, ce témoignage ébranle. Nous avions relayé les échanges entre chercheurs via des lettres ouvertes publiées sur le site du Guardian. Certains d’entre eux reprochaient aux plus alarmistes de ne pas apporter de preuves suffisamment robustes quant à la nocivité des écrans. Tous reconnaissent qu’il existe une littérature conséquente sur les effets délétères d’une consommation abusive de télévision, mais que les données (et le recul) manquent quant aux tablettes et écrans mobiles. La recherche montre pour le moment que l’effet des écrans est très corrélé à d’autres facteurs de risque, au premier rang desquels le niveau socio-économique de la famille. Anne-Lise Ducanda, elle, plaide pour qu’en effet des études sérieuses soient menées. Elle propose aux journalistes comme aux chercheurs de venir assister à ses consultations et de voir de leurs propres yeux ce à quoi elle est confrontée de plus en plus souvent : des enfants coupés du monde, avec des signes en tout point identiques aux troubles autistiques.

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